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Histoire de la Fédération CGT POLICE par JC THAVENET

HISTOIRE DE LA CGT-POLICE

Par JEAN-Claude THAVENET HISTOIRE DE LA FEDERATION CGT POLICE

LA GENESE : L’histoire de notre Fédération CGT-Police aurait pu commencer en même temps que l’histoire syndicale de France, mais il en a été autrement. En effet, si la loi de 1884 a autorisé les travailleurs à s’organiser en syndicats professionnels, il n’en n’a pas été de même pour certaines catégories de travailleurs, et ça a été le cas des fonctionnaires et des militaires. Les militaires ne peuvent toujours pas s’organiser en syndicats, mais les fonctionnaires, si aujourd’hui sont syndiqués, ça n’a pas été tout rose, comme nous allons le voir.

Les fonctionnaires dont les policiers ne pouvaient se syndiquer, pourtant, avant même cette Loi, dès 1883, les policiers créent la "SOCIETE AMICALE DES PERSONNELS DE LA PREFECTURE DE POLICE". Une grande mutuelle était née et servait de base pour l’organisation de la défense des intérêts des policiers. C’est la loi de 1901 régissant et autorisant les associations, puisque les syndicats de police sont interdits, qui permettra aux policiers de s’organiser et de développer le mouvement plus largement.

C’est sous l’impulsion du garde champêtre Gustave HUET et de l’agent de la sûreté de Reims Lucien KAPPVELLER, surnommé "Papa KAPPVELLER" en 1906, à Lorient, accueillis par Monsieur NAIL, maire de la ville, que les policiers s’organisent sous l’appellation de "FEDERATION DES SOCIETES AMICALES DE LA POLICE DE FRANCE ET DES COLONIES". Le siège de cette organisation est 11 Rue Tisserand. On y compte plus de 15.000 policiers fédérés. Papa CAPPVELLER a déjà une longue pratique de la vie associative au sein des caisses de secours et des caisses de solidarité. Cette entraide et cette solidarité sont les points de départ des revendications des policiers. Mais c’est à Lorient que va naître au plan national, le première fédération de policiers, où 24 dirigeants d’associations locales de France se sont réunis. La Fédération se donne pour objectif de débattre les questions professionnelles et défendre les intérêts des policiers adhérents.

Le second congrès ne pourra pas avoir lieu à Paris l’année suivante, car Paris est le fief du Préfet Lépine. Ce sera donc, en 1907, qu’aura lieu le second congrès, à Versailles. Toute la presse parisienne est là. Le journal "Le Matin" titre : "Congrès des flics. Versailles leur fait fête, ils acclament Clemenceau. Les agents qui sont de braves gens.....Qui risquent si souvent leur vie pour protéger celle des honnêtes gens attardés, se sont dit, non sans raison, que les pouvoirs publics pourraient bien, à leur tour, penser à eux......Si un modeste agent tombe sous les coups d’un assassin, il ne suffit pas de lui faire de belles funérailles avec des discours pompeux et de magnifiques couronnes ornant le char mortuaire. Les éloges, c’est très bien, cela ne coûte rien. Mais il serait mieux sans doute, de payer un peu plus le dévouement des policiers.

C’est le Maire de Versailles, Monsieur BAILLET-REVIRON qui les accueille en personne. Un lunch leur est offert. Dès l’ouverture de séance, ils choisissent LANUSSE de Toulouse comme Président et comme premier secrétaire, MONTFORT de Brest. Ce dernier lit un rapport qui conclut :"Faisons appel à notre Président d’honneur Monsieur Clemenceau, Ministre de l’Intérieur. Il sait qu’il peut compter sur notre dévouement sans bornes. Qu’il prenne notre cause en mains et qu’il nous dise enfin : Braves gens, soyez satisfaits, vous avez aujourd’hui une situation digne de vous. Nous comptons sur lui et nous disons ensemble : Vive Monsieur Clemenceau."

Le congrès a nommé deux commissions, l’une discute des sujets de police, l’autre étudie les questions de retraites que les agents trouvent insuffisantes.

En 1908, le Président du Conseil, qui est en même temps Ministre de l’Intérieur et qui n’est autre que Georges CLEMENCEAU, les reçoit et écoute leurs doléances.

En 1909, à Reims, les réceptions qui accompagnent le congrès sont grandioses. A la mairie, Lucien KAPPVELLER "réclame très courtoisement des réformes justifiées et des améliorations possibles, sans se perdre dans la brume des théories utopistes."

Il intervient sur les conditions de travail les salaires et les retraites : "Il faudrait permettre aux employés de police d’atteindre l’heure de la retraite au lieu de démissionner....Pour aller ensuite occuper un emploi dans l’industrie et le commerce, emploi qu’on ne leur accorde le plus souvent qu’en escomptant le bénéfice de leur minime pension pour leur offrir un salaire dérisoire. Nos camarades dans ce cas commettent inconsciemment une incorrection sociale, car ils prennent la place d’un ouvrier auquel le patron aurait été obligé de donner un salaire rémunérateur qui lui est refusé à lui, retraité."

Le Commissaire BOISSIERE de Nice déclarera : "que les administrations municipales soutiendront toujours les agents, qui, sous la bannière de la fédération sauront rester disciplinés et unis." Le Commissaire BOURDIOL de Reims dira : "Je vous conseille de demander des choses pratiques, réalisables, conciliables avec les nécessités du service."

Le Député LENOIR de Reims rendra hommage aux policiers et notamment il évoquera le décès de l’agent COCHET tué d’un coup de couteau par un apache qui ne sera sanctionné que par quelques jours de prison. Il clôturera son discours par un : "à la santé des flics de France "

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE :

En 1914, les députés interviennent à la chambre en faveur des policiers, tel le député Paul Painlevé. C’est la guerre. Les policiers fédérés meurent au front ou sont faits prisonniers. Le mécontentement est fort au front. On se révolte. A l’arrière, les fédérés remplissent leur devoir envers les veuves par des aides, dont une prime de 250,00 francs par décès et bientôt, la situation financière de la fédération est catastrophique.

Il faut noter que les militants de l’époque ont leur siège 11 Rue Tisserand et certains d’entre eux feront scission et fonderont plus tard un syndicat autonome et garderont le même siège social où le SGP est encore aujourd’hui.

L’ENTRE DEUX GUERRES ET L’ACHAT DU SIEGE :

L’association prendra en 1920 le nom de "Fédération des Polices de France et des Colonies".

Parfois, des associations prennent le nom de syndicat, vers 1920, mais sont tout de même régies par la loi de 1901. D’après une photo d’archives de 1929, ce serait le cas du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille, qui est affilié localement à la CGT. Et pourtant.... En 1932 l’association acquiert le terrain de l’impasse Sainte Félicité et y bâtit ce qui deviendra le 26 Rue Sainte Félicité. A ce moment, elle prendra pour nom "La Fédération des Associations des Polices de France et des Colonies", jusqu’en 1939. Jusqu’à cette date, elle sera la seule organisation à faire prendre conscience aux policiers qu’il faut défendre les intérêts des policiers et maintenir l’unité.

Au congrès d’Angers, le 26 juin 1939, c’est l’Inspecteur de Police Marcel BOUDE, qui est élu secrétaire général. La guerre éclate, certains policiers sont mobilisés et envoyés au front, d’autres sont mobilisés sur place dans leur zone de défense. La fédération continue encore quelques mois à fonctionner. Marcel BOUDE transmet les circulaires.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE :

C’est la défaite. Marcel BOUDE s’adresse à tous les présidents afin que personne ne se décourage, il charge Léon Diot, trésorier d’Amiens, de récolter les cotisations qu’il abaisse à 12 francs, afin de se donner les moyens de continuer à fonctionner. L’activité sera surtout de réorganiser les sections. Il l faudra alors créer la liaison entre la zone occupée et la zone libre. La fédération se chargera de faire les recherches des membres des familles dispersées pendant la débâcle. Dès septembre 1940, la fédération se charge de mener des actions pour libérer les policiers prisonniers de guerre.

Dès l’entrée des nazi en France, la loi du 15 octobre 1940 procède à la dissolution de l’association, et les biens sont mis sous séquestre jusqu’en 1945. Ces dispositions seront effectives le 25 avril 1941, par le Commissaire de Police LAFFONT des délégations spéciales de la Préfecture de Police. La dissolution définitive est prononcée le 7 juillet 1941 et les biens placés sous séquestre définitivement le 11 novembre 1941 par le contrôleur divisionnaire BONNACORSI. Marcel BOUDE reprendra ses activités policières à Reims et la vie syndicale sera en sommeil.

Les policiers, sans organisation de défense subissent-ils sans broncher ? Que font les militants durant cette période de guerre ?

Certains, très jeunes ne sont pas encore policiers, d’autres le sont. Les militants entrent parfois dans la clandestinité, certains sont déportés, d’autres sont fusillés, mais ces militants combattent le nazisme et le vichysme dans l’ombre. Adrien Levillain est de ceux là, il n’a que 17 ans, Benoît Chambard également. Paul Delaye aussi. Leurs copains meurent sous les balles allemandes ou françaises. Certains sont déportés en Allemagne et ne reviendront pas. Il faut se souvenir de la manifestation de juin 1940 Place de l’Etoile. Des syndicalistes CGT et des communistes avaient été arrêtés par la police, sous les ordres du Ministre PUCHEU.

C’est ce même ministre qui, un an plus tard donnera ces hommes arrêtés comme otages aux allemands. 27 d’entre eux seront fusillés par les allemands à Chateaubriand. L’un d’entre eux est Guy Moquet, il n’a que 17 ans.

Donc les policiers agissent dans l’ombre, contre l’occupant, par des actes isolés, ou dans des organisations de la résistance. Si des policiers participent à la rafle du Vel d’Hiv’, d’autres prennent leur bâton de pèlerin clandestin et préviennent les juifs qu’ils connaissent pour qu’ils aient le temps de se sauver. Certains leur procurent des caches en province. Certains sont obligés de déserter la police et rejoindre les maquis. Beaucoup sont arrêtés, fusillés, envoyés en Allemagne et beaucoup ne reviendront pas.

Le Camarade POIRIER est responsable du Front National Police. Il est arrêté par la Gestapo. Serge LEFRANC le remplace. Il est en contact avec deux autres policiers, DUPUIS et HERLAUD. POIRIER a été torturé. Il est à la salle Cusco de l’Hôtel-Dieu. On tente de le libérer le 28 juin 1944 et la première tentative échoue, mais l’idée germe de prendre possession du central téléphonique, avec la complicité d’une infirmière. La deuxième tentative a lieu le 3 juillet. Serge LEFRANC raconte : "Nous sommes dans les lieux. la voiture allemande arrive. à l’intérieur ont pris place trois policiers SAINTIER, LATOUR, ROYCOURT et un gendarme MERCHADOU. Le central téléphonique est pris. On donne l’ordre à la salle Cusco de faire descendre le prisonnier. La confirmation est demandée et donnée. L’ascenseur descend, les portes s’ouvrent, POIRIER est extrait, les deux miliciens sont désarmés et remontent dans l’ascenseur dont le bouton est actionné par nos soins. POIRIER est embarqué dans la voiture allemande et caché dans un immeuble de Saint Cloud dans les huit minutes. POIRIER a les tympans crevés, les côtes brisées. Il sera soigné par Philippe LEGRAND restaurateur à Billancourt. Cette action aura des répercussion décisives.

Le 15 août 1944, les premiers, les policiers prennent les armes. Faut-il s’insurger ? Rol Tanguy veut l’insurrection totale du peuple de Paris. Chaban veut encore attendre les troupes alliées. Rol Tanguy décide l’insurrection. Il arrive en uniforme de colonel et déclare :"Si c’est le mot grève qui vous gène, je dois vous dire qu’en tant que militaire, je n’ai pas à prendre l’initiative sur le mot grève, mais l’appel des cheminots et d’autres travailleurs à cesser le travail au service de l’ennemi sous entend : la grève".

Sa déclaration et son uniforme de colonel décide l’ensemble des présents et déclenche l’insurrection. La grève générale de la police parisienne est effective. La préfecture de Police est occupée le 19 août. la capitale est libérée le 25 août. C’est la victoire. La police a prouvé qu’en son sein étaient des patriotes. Nombreux ont été les policiers morts pour la France au cours de faits de résistance. Mais les autres qu’ étaient-ils ?

L’EPURATION :

Dès la fin de la guerre, se posent les questions de savoir si les policiers ont trahi. S’ils étaient des collaborateurs. Une association se crée : "L’amicale des fonctionnaires de la Police Française", dont le siège est 2 Rue du Vide Gousset". Son but est d’assurer la défense des intérêts des fonctionnaires de police frappés par l’indignité nationale.

L’association fait ressortir que les fonctionnaires collaborateurs ont obéi aux ordres de leurs chefs, à la loi, pour défendre la Nation. On trouve des excuses.

Marcel PAUL, député communiste déposant au procès de PETAIN déclare :"Lorsque nous avons demandé aux policiers pourquoi ils avaient poursuivi avec tant d’acharnement les patriotes, ils nous ont répondu que c’était parce qu’ils étaient convaincus qu’ils défendaient la Nation."

L’épuration, du moins à ses débuts, n’a pas toujours été un exemple de justice. Les uns, collaborateurs ont été passés par les armes après des jugements sommaires, d’autres ont réussi à passer au travers des mailles du filet, se faisant parfois réintégrer par des amis politiques, d’autres encore, véritables résistants, soldats de l’ombre, ont dû déployer toute leur énergie, pour faire la preuve de leur combat.

Combien de policiers sont sanctionnés ? Nul ne peut le dire, mais on sait que de toute la fonction publique, c’est la Police qui a payé le plus lourd tribut. Les sanctions prononcées allaient de la peine de mort à la privation des droits à la retraite, en passant par la confiscation des biens. On ne peut nier qu’il y ait eu des règlements de compte, du moins au début de l’épuration.

LA RENAISSANCE :

En 1945, la France renaît de ses cendres. Ce sont les grands moments de la libération et la liesse de la victoire et de la fin des privations. Il faut reconstruire, mais pas n’ importe comment. Il faut d’abord développer la démocratie et reconstruire l’administration. La démocratie, on croit connaître, puisqu’on a connu la dictature pendant quatre ans. Les libertés existantes sont restaurées, mais c’est aussi l’époque de nouvelles libertés. C’est le droit de vote des femmes, mais c’est aussi le droit pour les fonctionnaires de se syndiquer. Les policiers n’en sont pas écartés. Il n’en est pas de même des militaires, qui aujourd’hui, en 1996 n’ont toujours pas les mêmes droits que l’ensemble des français.

Il faut dire que l’Etat, après la guerre, reconstruit son administration et bon nombre d’anciens résistants entrent dans l’administration. Ils vont influencer le mouvement syndical policier, aidés par le grand courant de libération et les droits qui en découlent.

Le droit syndical est donc reconnu aux policiers, mais aussi le droit de grève, en cette année 1945. C’est le 6 juillet 1945 que la fédération des associations de police de France et des Colonies renaît de ses cendres et devient la "Fédération Nationale des Syndicats de Police de France et des colonies."

Marcel BOUDE, a l’ordonnance du 9 août 1944 pour lui. Dernier secrétaire général avant guerre, il revendique la mainlevée du séquestre. Il l’obtiendra le 24 janvier 1945. Mais les locaux sont très abîmés. Il fera constater les dégâts par M° FRANKFORT, Huissier de justice, et obtiendra, à la suite d’un procès, des dommages et intérêts de la part des domaines.

La fédération retrouve l’ensemble de ses adhérents de toutes catégories, y compris dans les colonies et particulièrement en Afrique du Nord, où les fédérés algériens et marocains restent forts, y compris après la scission. Marcel BOUDE demande aux sections de : "Donner une fédération belle, plus grande et plus forte que par le passé."

L’ADHESION DE LA FEDERATION A LA CGT :

C’est au Conseil fédéral des 12 et 13 décembre 1945 qu’on décide d’adhérer à la CGT. Seul le SGP désapprouve. Durant les travaux des 2 et 3 avril 1946 du Conseil Fédéral, le SGP décidera son maintien à la fédération, reprochant toutefois un manque de démocratie, arguant qu’à la fédération "on fait de la politique". Le SGP décidera de rester à la CGT, à la suite de la motion votée à l’unanimité et proposée par le camarade NEPOTE, représentant les commissaires. Cette motion tient compte de la catégorie spéciale de la police et prévoit une liberté de manoeuvre dans les cas de grève totale ou partielle, ainsi que lors de participations à des manifestations ou meetings syndicaux.

C’est pendant le congrès constitutif des 17, 18 et 19 juin 1946, que la fédération adhère à la CGT. Les statuts sont déposés le 6 juillet 1946 à la Préfecture de la Seine, sous le N° 9065. C’est ainsi que 80.000 à 90.000 policiers adhèrent à une confédération ouvrière organisée sur la base d’un syndicalisme de masse et de classe, dans une organisation révolutionnaire. C’était unique au monde. C’est encore unique au monde aujourd’hui.

Tous les syndicats ont adhéré à la fédération. Le SGP, syndicat parisien, est représenté par DUMONT, VALAT est secrétaire fédéral, Fernand DULOU et GEOFFROY sont secrétaires.

De 1947 à 1963, la fédération devient "La fédération Nationale des Syndicats de Police de France et d’Outre-mer", puis devient la "Fédération Générale des Syndicats de la Police Nationale".

LA SCISSION ET LA CHASSE AUX SORCIERES :

Mais que s’est-il passé pendant ce temps ? Jusqu’en 1948, le syndicat regroupe l’ensemble des personnels de police de toutes catégories, avec 80.000 à 100.000 adhérents. La scission intervient en 1948 et la seule composante représentée est tout d’abord la CFTC.

On retrouve trace du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille le 13 avril 1948. Il est affilié à la Fédération des Polices et à la CGT. A cette assemblée générale c’est René POUDEVIGNE qui préside, ses assesseurs sont Paul DELAYE et Jacques BOANICHE. Ils dénoncent la scission et la violation des statuts nationaux. Paul DELAYE et les camarades TROIN et GACHON ont décidé de déserter le conseil syndical qui est devenu étranger à l’organisation. Un nouveau bureau est élu et affirme son attachement à la CGT. Notre camarade Paul DELAYE aujourd’hui décédé, contresigne ce document.

La situation devient vite insupportable pour le pouvoir, qui voudrait que cette désunion soit plus importante et que les forces syndicales soient plus divisées. Le pouvoir va s’y employer, mais non pas en provoquant d’autres scissions, mais il va réussir par la répression.

C’est Jules MOCH qui est Ministre de l’Intérieur. Des lois sont votées en 1947 et surtout la loi du 28 septembre 1948, qui place la police en catégorie spéciale. Il faut se souvenir qu’on est en plein Mac Carthysme.

La loi est restrictive. Le placement de la police en catégorie spéciale supprime le droit de grève. La répression commence sur les militants de la CGT. C’est la chasse aux sorcières. Plus de 400 militants sont sanctionnés par diverses sanctions et divers motifs.

C’est au congrès d’ Anger les 26, 27 et 28 avril 1948 qu’à lieu la scission. Il se crée là, l’Union des syndicats nationaux indépendants de Police de France et de l’union française.

Il est intéressant de voir que c’est à Angers qu’à eu lieu le dernier congrès d’avant guerre, où Marcel BOUDE avait été élu secrétaire général. C’est lui qui avait redonné vie à la fédération, dès la fin de la guerre. C’est encore lui, qui prendra la direction de cette union.

Les raisons étaient internes, mais la lutte de classe avait repris ses droits. La CGT vivait sa propre scission. La police elle-même était un enjeu de classe. On voulait mettre la police en marge de la classe ouvrière.

C’est à ce moment qu’éclatera la CGT en syndicats : FO, CFTC, La fédération indépendante (Marcel BOUDE), la fédération autonome.

Le pouvoir fait un dégagement des cadres. Ce sera le cas d’ Adrien Levillain, aujourd’hui décédé, qui sera réintégré en 1956, le Ministre de l’intérieur étant débouté pour abus de pouvoir, et bien d’autres.

Certains fonctionnaires n’ont pas trente ans, d’autres sont révoqués parce qu’ils ont signé l’appel de Stockholm, soit parce qu’ils se sont exprimés contre les guerres coloniales ou encore parce qu’ils ont déclaré être solidaires des luttes ouvrières, comme en témoigne la Voix des Polices d’octobre 1948, où les policiers se prononcent pour la lutte des mineurs du Nord. Un certain André RICHARD du Commissariat de Créteil est révoqué pour activité syndicale. Il est mutilé de guerre, son fils est mort en déportation dans les bagnes nazi.

Dès 1950, Yves SAUVALLE est secrétaire général, Antonin ORSINI et Jacques ETIE sont permanents à la fédération. Ils sont révoqués pour avoir dénoncé l’utilisation des CRS contre les travailleurs.

La CGT toute entière et principalement l’ UGFF lutte sans cesse durant des années, certains d’entre eux seront réintégrés en 1956. Il faut se souvenir du témoignage de notre regretté Gérard Maréchal qui, révoqué en 1950, avait fait une autre carrière où il avait un salaire bien supérieur à celui de policier. Il réintègre la police en 1956, malgré une forte perte de salaire, pour bien marquer que la lutte de la CGT a été victorieuse et qu’il faut réintégrer pour l’honneur. Certains autres camarades ne reviendront pas, tel le témoignage vivant que j’ai eu il y a quelques jours avec Gaby Sarrabeyrouse, gardien de la paix du 18°arrondissement de Paris, qui révoqué en 1948 a été réhabilité en 1956, mais a préféré rester dans le privé. Lui aussi était ancien résistant dès la première heure.

En raison de ces sanctions, la fédération devient minoritaire, car la plupart des militants ont peur, mais elle garde son siège. Le SNPT (nouveau syndicat) intente un procès à la CGT-Police. Il se déclare héritier du mouvement et des biens alors qu’il avait été l’organisateur de sa perte. Le SNPT perd son procès et la Fédération garde ses biens.

LA GUERRE D’ALGERIE :

Etait-ce la fin des ennuis ? Non ! La guerre d’Algérie faisait rage et si dès 1956 on rappelle les jeunes démobilisés du contingent, en même temps, on envoie des policiers de France en "mission de maintien de l’ordre", pour cacher que l’Algérie et ses événements sont la guerre. Pourtant, en Algérie c’était bien la Guerre. Les rappelés laissent sur le sol de France Femmes et enfants et montent sur les bateaux. La CGT et le Parti Communiste, pourtant, tentent d’empêcher les trains de partir vers les ports partout en France,en se couchant sur les voies de chemin de fer. En même temps, les policiers de la fédération désignés pour le maintien de l’ordre en Algérie refusent de partir. Ils sont révoqués, tel Georges BRUNELIN, le Secrétaire Général de la Fédération.

Adrien Levillain, durant ce temps, réintégré, crée plusieurs syndicats, à chaque mutation disciplinaire, pour action syndicale. En 1959, il est écarté des cadres et est poursuivi au Tribunal de Grande Instance où il est acquitté et réintégré, mais en 1961, il part en Algérie. Il continuera par la suite ses activités syndicales et subira encore des mutations sanctionnant ses activités syndicales.

Il faut dire que depuis 1958, c’est la 5° République, il n’est pas plus facile d’être policier et en même temps être à la CGT, compte tenu du caractère autoritaire du pouvoir.

L’OAS dès le 1er avril 1961 s’organise. C’est le Pusch d’Alger. La démocratie est en danger. On annonce déjà la fin de la guerre. L’Algérie va devenir indépendante. Du moins, des accords secrets entre le FLN et le gouvernement français ont lieu.

L’OAS infiltre les sphères dirigeantes. La "ratonnade" du 21 octobre est ordonnée. On parle de 200 à 600 morts ou disparus dans les millieux officiels. On dira mille morts du côté FLN. L’OAS multiplie ses actes criminels, en France et en Algérie. Une manifestation anti OAS, au mois de février suivant fera 8 morts à la station de métro Charonne, à la suite d’une charge de police.

MAI 68 :

Quelques années plus tard, ce sera Mai 68. La fédération police et ses militants prennent position en faveur des travailleurs en lutte, condamnant les violences et les provocations venant des forces de l’ordre.

Durant toutes ces années, la CGT-Police n’a pas failli à sa tâche et à son honneur. Elle a continué à s’opposer à toute forme d’oppression et de ségrégation. Elle s’est trouvée aux côtés des travailleurs dans les manifestations aux revendications générales, mais aussi aux côtés des travailleurs qui revendiquaient pour leurs propres intérêts professionnels, en gage de sympathie, de solidarité.

Depuis 1968, l’histoire de notre fédération ne s’est pas éteinte. De toutes parts, la lutte a continué. La défense des intérêts des policiers a été sans cesse à l’ordre du jour. Les années se sont succédées, avec leur contentieux d’attaques contre les acquis sociaux.

Les années de vaches grasses ont laissé la place aux années de vaches maigres. On a connu le temps des restrictions de chauffage où un ministre donnait l’ordre de baisser le chauffage des maisons, des bureaux et des usines et qui interdisait les enseignes lumineuses, soi-disant pour faire des économies. Il y a eu le choc pétrôlier et les années d’économies puis les difficultés économiques des pays les plus industrialisés dits états modernes. Le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, malgré les promesses jamais tenues des gouvernements. La fatalité a été mise dans la tête des gens de tous ces pays. Il fallait faire des économies. Il fallait sortir de la crise. Les économies qu’il fallait faire n’ont eu de cesse de supprimer des emplois d’un côté et d’un autre côté, de faire de plus en plus de cadeaux aux employeurs par le gouvernement, sans pour autant obtenir des embauches, et donnant au contraire le loisir aux patrons de créer les "petits boulots".

Les économies ont eu pour cause de mettre les jeunes français (et les autres) dans la détresse.

Les économies ont eu aussi pour objet de diminuer les effectifs de la fonction publique, par la dénationalisation d’entreprises publiques, par l’emploi de fonctionnaires auxiliaires. La police s’est vue dotée de policiers auxiliaires. L’armée aujourd’hui voit ses effectifs en diminution. Le contingent va pratiquement disparaître.

A chaque fois, la CGT-POLICE sera à la tête de l’offensive. En même temps, le phénomène de la syndicalisation touchera les grandes centrales syndicales et des petits syndicats se feront jour. Les hommes ne se sont pas aperçus à temps que la division était commanditée par le patronnat. Il faut diviser pour régner. Il faut casser les grandes centrales syndicales et surtout la CGT.

Le patronat a presque réussi, si on compte une désyndicalisation des jeunes, car aujourd’hui, ont peu compter sur très peu de jeunes dans les syndicats.

Si on en fait l’analyse, on s’aperçoit que tout à été fait pour que les jeunes se détournent des syndicats. L’une des principales causes est le chômage. En effet, le chômage a obligé les jeunes à faire des études plus longues. Il y a les laissés pour compte, qui n’ont plus que le choix de choisir des petits boulots où le syndicalisme n’a pas de place. Il y a les autres, qui réussissent à trouver un emploi stable, mais sous-payé.

Ces jeunes sont bien contents d’avoir obtenu cet emploi, même sous-payé, et n’ont pas envie de le perdre. Il n’est pas question pour eux de faire du syndicalisme et prendre le risque de perdre cet emploi tant attendu.

Renault, la SNCF, les PTT et d’autres grandes entreprises publiques étaient à la pointe de la revendication syndicale. Renault a été disséminé dans toute l’europe, la SNCF et les PTT voient des parties de leurs entreprises dénationalisées. C’est un moyen pour le pouvoir, sous prétexte de faire des économies, de casser l’appareil syndical et notamment la CGT, première centrale syndicale de France.

En fait, si on résume ces presque quarante dernières années de syndicalisme à la CGT-POLICE, on peut dire que le pouvoir n’a eu de cesse que d’ affaiblir le syndicat, en stoppant des carrières de syndicalistes, pour faire voir aux autres que ce syndicat n’est pas dans l’optique du pouvoir, en tentant des procès politiques, qui sont arrivés parfois à leur fin, comme la condamnation de nos camarades MARTINI et RAMIREZ et d’autres quelques années avant.

1883 - 1996, 113 ans de luttes chez les policiers. Des policiers écartés du droit syndical jusqu’en 1945.

1945, c’est l’année des grandes libérations populaires, mais aussi l’année de l’adhésion de la fédération à la CGT qui ne sera effective qu’en juin 1946.

1946 c’est l’année de l’adhésion de la totalité des policiers à la grande famille ouvrière qu’est la CGT. C’était unique au monde, ça l’est encore aujourd’hui, en 1996.

Si à partir de cette année là, le syndicalisme policier a éclaté en plusieurs syndicats, chaque syndicat policier peut dire qu’il a la même origine et la même histoire, puisque c’est le mouvement des policiers, depuis 1883, qui a servi de base à tous ces syndicats. La division n’est pas terminée, puisque encore, de nouveaux syndicats viennent de voir le jour, amenant avec eux, pour certain leur contingent de haine et de racisme.

Voilà une histoire riche en évènements, en victoires et en victimes, mais ce que le pouvoir ne pourra jamais détruire à la CGT-POLICE, c’est la camaraderie qui anime chacun dentre-nous.

L’an prochain, nous fêterons le soixantième anniversaire d’adhésion de la fédération à la CGT, nous sommes fiers d’appartenir à un syndicat qui a connu des hommes au service des hommes, créant le social au fur et à mesure des décennies, résistant à l’occupant allemand au péril de leur vie, y perdant leur vie pour la plupart.

Que sera demain ?

HISTOIRE DE LA CGT-POLICE

Par JEAN-Claude THAVENET HISTOIRE DE LA FEDERATION CGT POLICE

LA GENESE : L’histoire de notre Fédération CGT-Police aurait pu commencer en même temps que l’histoire syndicale de France, mais il en a été autrement. En effet, si la loi de 1884 a autorisé les travailleurs à s’organiser en syndicats professionnels, il n’en n’a pas été de même pour certaines catégories de travailleurs, et ça a été le cas des fonctionnaires et des militaires. Les militaires ne peuvent toujours pas s’organiser en syndicats, mais les fonctionnaires, si aujourd’hui sont syndiqués, ça n’a pas été tout rose, comme nous allons le voir. Les fonctionnaires dont les policiers ne pouvaient se syndiquer, pourtant, avant même cette Loi, dès 1883, les policiers créent la "SOCIETE AMICALE DES PERSONNELS DE LA PREFECTURE DE POLICE". Une grande mutuelle était née et servait de base pour l’organisation de la défense des intérêts des policiers. C’est la loi de 1901 régissant et autorisant les associations, puisque les syndicats de police sont interdits, qui permettra aux policiers de s’organiser et de développer le mouvement plus largement. C’est sous l’impulsion du garde champêtre Gustave HUET et de l’agent de la sûreté de Reims Lucien KAPPVELLER, surnommé "Papa KAPPVELLER" en 1906, à Lorient, accueillis par Monsieur NAIL, maire de la ville, que les policiers s’organisent sous l’appellation de "FEDERATION DES SOCIETES AMICALES DE LA POLICE DE FRANCE ET DES COLONIES". Le siège de cette organisation est 11 Rue Tisserand. On y compte plus de 15.000 policiers fédérés. Papa CAPPVELLER a déjà une longue pratique de la vie associative au sein des caisses de secours et des caisses de solidarité. Cette entraide et cette solidarité sont les points de départ des revendications des policiers. Mais c’est à Lorient que va naître au plan national, le première fédération de policiers, où 24 dirigeants d’associations locales de France se sont réunis. La Fédération se donne pour objectif de débattre les questions professionnelles et défendre les intérêts des policiers adhérents. Le second congrès ne pourra pas avoir lieu à Paris l’année suivante, car Paris est le fief du Préfet Lépine. Ce sera donc, en 1907, qu’aura lieu le second congrès, à Versailles. Toute la presse parisienne est là. Le journal "Le Matin" titre : "Congrès des flics. Versailles leur fait fête, ils acclament Clemenceau. Les agents qui sont de braves gens.....Qui risquent si souvent leur vie pour protéger celle des honnêtes gens attardés, se sont dit, non sans raison, que les pouvoirs publics pourraient bien, à leur tour, penser à eux......Si un modeste agent tombe sous les coups d’un assassin, il ne suffit pas de lui faire de belles funérailles avec des discours pompeux et de magnifiques couronnes ornant le char mortuaire. Les éloges, c’est très bien, cela ne coûte rien. Mais il serait mieux sans doute, de payer un peu plus le dévouement des policiers. C’est le Maire de Versailles, Monsieur BAILLET-REVIRON qui les accueille en personne. Un lunch leur est offert. Dès l’ouverture de séance, ils choisissent LANUSSE de Toulouse comme Président et comme premier secrétaire, MONTFORT de Brest. Ce dernier lit un rapport qui conclut :"Faisons appel à notre Président d’honneur Monsieur Clemenceau, Ministre de l’Intérieur. Il sait qu’il peut compter sur notre dévouement sans bornes. Qu’il prenne notre cause en mains et qu’il nous dise enfin : Braves gens, soyez satisfaits, vous avez aujourd’hui une situation digne de vous. Nous comptons sur lui et nous disons ensemble : Vive Monsieur Clemenceau." Le congrès a nommé deux commissions, l’une discute des sujets de police, l’autre étudie les questions de retraites que les agents trouvent insuffisantes. En 1908, le Président du Conseil, qui est en même temps Ministre de l’Intérieur et qui n’est autre que Georges CLEMENCEAU, les reçoit et écoute leurs doléances. En 1909, à Reims, les réceptions qui accompagnent le congrès sont grandioses. A la mairie, Lucien KAPPVELLER "réclame très courtoisement des réformes justifiées et des améliorations possibles, sans se perdre dans la brume des théories utopistes." Il intervient sur les conditions de travail les salaires et les retraites : "Il faudrait permettre aux employés de police d’atteindre l’heure de la retraite au lieu de démissionner....Pour aller ensuite occuper un emploi dans l’industrie et le commerce, emploi qu’on ne leur accorde le plus souvent qu’en escomptant le bénéfice de leur minime pension pour leur offrir un salaire dérisoire. Nos camarades dans ce cas commettent inconsciemment une incorrection sociale, car ils prennent la place d’un ouvrier auquel le patron aurait été obligé de donner un salaire rémunérateur qui lui est refusé à lui, retraité." Le Commissaire BOISSIERE de Nice déclarera : "que les administrations municipales soutiendront toujours les agents, qui, sous la bannière de la fédération sauront rester disciplinés et unis." Le Commissaire BOURDIOL de Reims dira : "Je vous conseille de demander des choses pratiques, réalisables, conciliables avec les nécessités du service." Le Député LENOIR de Reims rendra hommage aux policiers et notamment il évoquera le décès de l’agent COCHET tué d’un coup de couteau par un apache qui ne sera sanctionné que par quelques jours de prison. Il clôturera son discours par un : "à la santé des flics de France "

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE : En 1914, les députés interviennent à la chambre en faveur des policiers, tel le député Paul Painlevé. C’est la guerre. Les policiers fédérés meurent au front ou sont faits prisonniers. Le mécontentement est fort au front. On se révolte. A l’arrière, les fédérés remplissent leur devoir envers les veuves par des aides, dont une prime de 250,00 francs par décès et bientôt, la situation financière de la fédération est catastrophique. Il faut noter que les militants de l’époque ont leur siège 11 Rue Tisserand et certains d’entre eux feront scission et fonderont plus tard un syndicat autonome et garderont le même siège social où le SGP est encore aujourd’hui.

L’ENTRE DEUX GUERRES ET L’ACHAT DU SIEGE : L’association prendra en 1920 le nom de "Fédération des Polices de France et des Colonies". Parfois, des associations prennent le nom de syndicat, vers 1920, mais sont tout de même régies par la loi de 1901. D’après une photo d’archives de 1929, ce serait le cas du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille, qui est affilié localement à la CGT. Et pourtant.... En 1932 l’association acquiert le terrain de l’impasse Sainte Félicité et y bâtit ce qui deviendra le 26 Rue Sainte Félicité. A ce moment, elle prendra pour nom "La Fédération des Associations des Polices de France et des Colonies", jusqu’en 1939. Jusqu’à cette date, elle sera la seule organisation à faire prendre conscience aux policiers qu’il faut défendre les intérêts des policiers et maintenir l’unité. Au congrès d’Angers, le 26 juin 1939, c’est l’Inspecteur de Police Marcel BOUDE, qui est élu secrétaire général. La guerre éclate, certains policiers sont mobilisés et envoyés au front, d’autres sont mobilisés sur place dans leur zone de défense. La fédération continue encore quelques mois à fonctionner. Marcel BOUDE transmet les circulaires.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE : C’est la défaite. Marcel BOUDE s’adresse à tous les présidents afin que personne ne se décourage, il charge Léon Diot, trésorier d’Amiens, de récolter les cotisations qu’il abaisse à 12 francs, afin de se donner les moyens de continuer à fonctionner. L’activité sera surtout de réorganiser les sections. Il l faudra alors créer la liaison entre la zone occupée et la zone libre. La fédération se chargera de faire les recherches des membres des familles dispersées pendant la débâcle. Dès septembre 1940, la fédération se charge de mener des actions pour libérer les policiers prisonniers de guerre Dès l’entrée des nazi en France, la loi du 15 octobre 1940 procède à la dissolution de l’association, et les biens sont mis sous séquestre jusqu’en 1945. Ces dispositions seront effectives le 25 avril 1941, par le Commissaire de Police LAFFONT des délégations spéciales de la Préfecture de Police. La dissolution définitive est prononcée le 7 juillet 1941 et les biens placés sous séquestre définitivement le 11 novembre 1941 par le contrôleur divisionnaire BONNACORSI. Marcel BOUDE reprendra ses activités policières à Reims et la vie syndicale sera en sommeil. Les policiers, sans organisation de défense subissent-ils sans broncher ? Que font les militants durant cette période de guerre ? Certains, très jeunes ne sont pas encore policiers, d’autres le sont. Les militants entrent parfois dans la clandestinité, certains sont déportés, d’autres sont fusillés, mais ces militants combattent le nazisme et le vichysme dans l’ombre. Adrien Levillain est de ceux là, il n’a que 17 ans, Benoît Chambard également. Paul Delaye aussi. Leurs copains meurent sous les balles allemandes ou françaises. Certains sont déportés en Allemagne et ne reviendront pas. Il faut se souvenir de la manifestation de juin 1940 Place de l’Etoile. Des syndicalistes CGT et des communistes avaient été arrêtés par la police, sous les ordres du Ministre PUCHEU. C’est ce même ministre qui, un an plus tard donnera ces hommes arrêtés comme otages aux allemands. 27 d’entre eux seront fusillés par les allemands à Chateaubriand. L’un d’entre eux est Guy Moquet, il n’a que 17 ans. Donc les policiers agissent dans l’ombre, contre l’occupant, par des actes isolés, ou dans des organisations de la résistance. Si des policiers participent à la rafle du Vel d’Hiv’, d’autres prennent leur bâton de pèlerin clandestin et préviennent les juifs qu’ils connaissent pour qu’ils aient le temps de se sauver. Certains leur procurent des caches en province. Certains sont obligés de déserter la police et rejoindre les maquis. Beaucoup sont arrêtés, fusillés, envoyés en Allemagne et beaucoup ne reviendront pas. Le Camarade POIRIER est responsable du Front National Police. Il est arrêté par la Gestapo. Serge LEFRANC le remplace. Il est en contact avec deux autres policiers, DUPUIS et HERLAUD. POIRIER a été torturé. Il est à la salle Cusco de l’Hôtel-Dieu. On tente de le libérer le 28 juin 1944 et la première tentative échoue, mais l’idée germe de prendre possession du central téléphonique, avec la complicité d’une infirmière. La deuxième tentative a lieu le 3 juillet. Serge LEFRANC raconte : "Nous sommes dans les lieux. la voiture allemande arrive. à l’intérieur ont pris place trois policiers SAINTIER, LATOUR, ROYCOURT et un gendarme MERCHADOU. Le central téléphonique est pris. On donne l’ordre à la salle Cusco de faire descendre le prisonnier. La confirmation est demandée et donnée. L’ascenseur descend, les portes s’ouvrent, POIRIER est extrait, les deux miliciens sont désarmés et remontent dans l’ascenseur dont le bouton est actionné par nos soins. POIRIER est embarqué dans la voiture allemande et caché dans un immeuble de Saint Cloud dans les huit minutes. POIRIER a les tympans crevés, les côtes brisées. Il sera soigné par Philippe LEGRAND restaurateur à Billancourt. Cette action aura des répercussion décisives." Le 15 août 1944, les premiers, les policiers prennent les armes. Faut-il s’insurger ? Rol Tanguy veut l’insurrection totale du peuple de Paris. Chaban veut encore attendre les troupes alliées. Rol Tanguy décide l’insurrection. Il arrive en uniforme de colonel et déclare : "Si c’est le mot grève qui vous gène, je dois vous dire qu’en tant que militaire, je n’ai pas à prendre l’initiative sur le mot grève, mais l’appel des cheminots et d’autres travailleurs à cesser le travail au service de l’ennemi sous entend : la grève". Sa déclaration et son uniforme de colonel décide l’ensemble des présents et déclenche l’insurrection. La grève générale de la police parisienne est effective. La préfecture de Police est occupée le 19 août. la capitale est libérée le 25 août. C’est la victoire. La police a prouvé qu’en son sein étaient des patriotes. Nombreux ont été les policiers morts pour la France au cours de faits de résistance. Mais les autres qu’ étaient-ils ?

L’EPURATION : Dès la fin de la guerre, se posent les questions de savoir si les policiers ont trahi. S’ils étaient des collaborateurs. Une association se crée : "L’amicale des fonctionnaires de la Police Française", dont le siège est 2 Rue du Vide Gousset". Son but est d’assurer la défense des intérêts des fonctionnaires de police frappés par l’indignité nationale. L’association fait ressortir que les fonctionnaires collaborateurs ont obéi aux ordres de leurs chefs, à la loi, pour défendre la Nation. On trouve des excuses. Marcel PAUL, député communiste déposant au procès de PETAIN déclare : "Lorsque nous avons demandé aux policiers pourquoi ils avaient poursuivi avec tant d’acharnement les patriotes, ils nous ont répondu que c’était parce qu’ils étaient convaincus qu’ils défendaient la Nation." L’épuration, du moins à ses débuts, n’a pas toujours été un exemple de justice. Les uns, collaborateurs ont été passés par les armes après des jugements sommaires, d’autres ont réussi à passer au travers des mailles du filet, se faisant parfois réintégrer par des amis politiques, d’autres encore, véritables résistants, soldats de l’ombre, ont dû déployer toute leur énergie, pour faire la preuve de leur combat. Combien de policiers sont sanctionnés ? Nul ne peut le dire, mais on sait que de toute la fonction publique, c’est la Police qui a payé le plus lourd tribut. Les sanctions prononcées allaient de la peine de mort à la privation des droits à la retraite, en passant par la confiscation des biens. On ne peut nier qu’il y ait eu des règlements de compte, du moins au début de l’épuration.

LA RENAISSANCE : En 1945, la France renaît de ses cendres. Ce sont les grands moments de la libération et la liesse de la victoire et de la fin des privations. Il faut reconstruire, mais pas n’ importe comment. Il faut d’abord développer la démocratie et reconstruire l’administration. La démocratie, on croit connaître, puisqu’on a connu la dictature pendant quatre ans. Les libertés existantes sont restaurées, mais c’est aussi l’époque de nouvelles libertés. C’est le droit de vote des femmes, mais c’est aussi le droit pour les fonctionnaires de se syndiquer. Les policiers n’en sont pas écartés. Il n’en est pas de même des militaires, qui aujourd’hui, en 1996 n’ont toujours pas les mêmes droits que l’ensemble des français. Il faut dire que l’Etat, après la guerre, reconstruit son administration et bon nombre d’anciens résistants entrent dans l’administration. Ils vont influencer le mouvement syndical policier, aidés par le grand courant de libération et les droits qui en découlent. Le droit syndical est donc reconnu aux policiers, mais aussi le droit de grève, en cette année 1945. C’est le 6 juillet 1945 que la fédération des associations de police de France et des Colonies renaît de ses cendres et devient la "Fédération Nationale des Syndicats de Police de France et des colonies." Marcel BOUDE, a l’ordonnance du 9 août 1944 pour lui. Dernier secrétaire général avant guerre, il revendique la mainlevée du séquestre. Il l’obtiendra le 24 janvier 1945. Mais les locaux sont très abîmés. Il fera constater les dégâts par M° FRANKFORT, Huissier de justice, et obtiendra, à la suite d’un procès, des dommages et intérêts de la part des domaines. La fédération retrouve l’ensemble de ses adhérents de toutes catégories, y compris dans les colonies et particulièrement en Afrique du Nord, où les fédérés algériens et marocains restent forts, y compris après la scission. Marcel BOUDE demande aux sections de : "Donner une fédération belle, plus grande et plus forte que par le passé."

L’ADHESION DE LA FEDERATION A LA CGT : C’est au Conseil fédéral des 12 et 13 décembre 1945 qu’on décide d’adhérer à la CGT. Seul le SGP désapprouve. Durant les travaux des 2 et 3 avril 1946 du Conseil Fédéral, le SGP décidera son maintien à la fédération, reprochant toutefois un manque de démocratie, arguant qu’à la fédération "on fait de la politique". Le SGP décidera de rester à la CGT, à la suite de la motion votée à l’unanimité et proposée par le camarade NEPOTE, représentant les commissaires. Cette motion tient compte de la catégorie spéciale de la police et prévoit une liberté de manoeuvre dans les cas de grève totale ou partielle, ainsi que lors de participations à des manifestations ou meetings syndicaux. C’est pendant le congrès constitutif des 17, 18 et 19 juin 1946, que la fédération adhère à la CGT. Les statuts sont déposés le 6 juillet 1946 à la Préfecture de la Seine, sous le N° 9065. C’est ainsi que 80.000 à 90.000 policiers adhèrent à une confédération ouvrière organisée sur la base d’un syndicalisme de masse et de classe, dans une organisation révolutionnaire. C’était unique au monde. C’est encore unique au monde aujourd’hui. Tous les syndicats ont adhéré à la fédération. Le SGP, syndicat parisien, est représenté par DUMONT, VALAT est secrétaire fédéral, Fernand DULOU et GEOFFROY sont secrétaires De 1947 à 1963, la fédération devient "La fédération Nationale des Syndicats de Police de France et d’Outre-mer", puis devient la "Fédération Générale des Syndicats de la Police Nationale".

LA SCISSION ET LA CHASSE AUX SORCIERES : Mais que s’est-il passé pendant ce temps ? Jusqu’en 1948, le syndicat regroupe l’ensemble des personnels de police de toutes catégories, avec 80.000 à 100.000 adhérents. La scission intervient en 1948 et la seule composante représentée est tout d’abord la CFTC. On retrouve trace du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille le 13 avril 1948. Il est affilié à la Fédération des Polices et à la CGT. A cette assemblée générale c’est René POUDEVIGNE qui préside, ses assesseurs sont Paul DELAYE et Jacques BOANICHE. Ils dénoncent la scission et la violation des statuts nationaux. Paul DELAYE et les camarades TROIN et GACHON ont décidé de déserter le conseil syndical qui est devenu étranger à l’organisation. Un nouveau bureau est élu et affirme son attachement à la CGT. Notre camarade Paul DELAYE aujourd’hui décédé, contresigne ce document. La situation devient vite insupportable pour le pouvoir, qui voudrait que cette désunion soit plus importante et que les forces syndicales soient plus divisées. Le pouvoir va s’y employer, mais non pas en provoquant d’autres scissions, mais il va réussir par la répression. C’est Jules MOCH qui est Ministre de l’Intérieur. Des lois sont votées en 1947 et surtout la loi du 28 septembre 1948, qui place la police en catégorie spéciale. Il faut se souvenir qu’on est en plein Mac Carthysme. La loi est restrictive. Le placement de la police en catégorie spéciale supprime le droit de grève. La répression commence sur les militants de la CGT. C’est la chasse aux sorcières. Plus de 400 militants sont sanctionnés par diverses sanctions et divers motifs. C’est au congrès d’ Anger les 26, 27 et 28 avril 1948 qu’à lieu la scission. Il se crée là, l’Union des syndicats nationaux indépendants de Police de France et de l’union française. Il est intéressant de voir que c’est à Angers qu’à eu lieu le dernier congrès d’avant guerre, où Marcel BOUDE avait été élu secrétaire général. C’est lui qui avait redonné vie à la fédération, dès la fin de la guerre. C’est encore lui, qui prendra la direction de cette union. Les raisons étaient internes, mais la lutte de classe avait repris ses droits. La CGT vivait sa propre scission. La police elle-même était un enjeu de classe. On voulait mettre la police en marge de la classe ouvrière. C’est à ce moment qu’éclatera la CGT en syndicats : FO, CFTC, La fédération indépendante (Marcel BOUDE), la fédération autonome. Le pouvoir fait un dégagement des cadres. Ce sera le cas d’ Adrien Levillain, aujourd’hui décédé, qui sera réintégré en 1956, le Ministre de l’intérieur étant débouté pour abus de pouvoir, et bien d’autres. Certains fonctionnaires n’ont pas trente ans, d’autres sont révoqués parce qu’ils ont signé l’appel de Stockholm, soit parce qu’ils se sont exprimés contre les guerres coloniales ou encore parce qu’ils ont déclaré être solidaires des luttes ouvrières, comme en témoigne la Voix des Polices d’octobre 1948, où les policiers se prononcent pour la lutte des mineurs du Nord. Un certain André RICHARD du Commissariat de Créteil est révoqué pour activité syndicale. Il est mutilé de guerre, son fils est mort en déportation dans les bagnes nazi. Dès 1950, Yves SAUVALLE est secrétaire général, Antonin ORSINI et Jacques ETIE sont permanents à la fédération. Ils sont révoqués pour avoir dénoncé l’utilisation des CRS contre les travailleurs. La CGT toute entière et principalement l’ UGFF lutte sans cesse durant des années, certains d’entre eux seront réintégrés en 1956. Il faut se souvenir du témoignage de notre regretté Gérard Maréchal qui, révoqué en 1950, avait fait une autre carrière où il avait un salaire bien supérieur à celui de policier. Il réintègre la police en 1956, malgré une forte perte de salaire, pour bien marquer que la lutte de la CGT a été victorieuse et qu’il faut réintégrer pour l’honneur. Certains autres camarades ne reviendront pas, tel le témoignage vivant que j’ai eu il y a quelques jours avec Gaby Sarrabeyrouse, gardien de la paix du 18° arrondissement de Paris, qui révoqué en 1948 a été réhabilité en 1956, mais a préféré rester dans le privé. Lui aussi était ancien résistant dès la première heure. En raison de ces sanctions, la fédération devient minoritaire, car la plupart des militants ont peur, mais elle garde son siège. Le SNPT (nouveau syndicat) intente un procès à la CGT-Police. Il se déclare héritier du mouvement et des biens alors qu’il avait été l’organisateur de sa perte. Le SNPT perd son procès et la Fédération garde ses biens.

LA GUERRE D’ALGERIE : Etait-ce la fin des ennuis ? Non ! La guerre d’Algérie faisait rage et si dès 1956 on rappelle les jeunes démobilisés du contingent, en même temps, on envoie des policiers de France en "mission de maintien de l’ordre", pour cacher que l’Algérie et ses événements sont la guerre. Pourtant, en Algérie c’était bien la Guerre. Les rappelés laissent sur le sol de France Femmes et enfants et montent sur les bateaux. La CGT et le Parti Communiste, pourtant, tentent d’empêcher les trains de partir vers les ports partout en France,en se couchant sur les voies de chemin de fer. En même temps, les policiers de la fédération désignés pour le maintien de l’ordre en Algérie refusent de partir. Ils sont révoqués, tel Georges BRUNELIN, le Secrétaire Général de la Fédération. Adrien Levillain, durant ce temps, réintégré, crée plusieurs syndicats, à chaque mutation disciplinaire, pour action syndicale. En 1959, il est écarté des cadres et est poursuivi au Tribunal de Grande Instance où il est acquitté et réintégré, mais en 1961, il part en Algérie. Il continuera par la suite ses activités syndicales et subira encore des mutations sanctionnant ses activités syndicales. Il faut dire que depuis 1958, c’est la 5° République, il n’est pas plus facile d’être policier et en même temps être à la CGT, compte tenu du caractère autoritaire du pouvoir. L’OAS dès le 1er avril 1961 s’organise. C’est le Pusch d’Alger. La démocratie est en danger. On annonce déjà la fin de la guerre. L’Algérie va devenir indépendante. Du moins, des accords secrets entre le FLN et le gouvernement français ont lieu. L’OAS infiltre les sphères dirigeantes. La "ratonnade" du 21 octobre est ordonnée. On parle de 200 à 600 morts ou disparus dans les millieux officiels. On dira mille morts du côté FLN. L’OAS multiplie ses actes criminels, en France et en Algérie. Une manifestation anti OAS, au mois de février suivant fera 8 morts à la station de métro Charonne, à la suite d’une charge de police.

MAI 68 : Quelques années plus tard, ce sera Mai 68. La fédération police et ses militants prennent position en faveur des travailleurs en lutte, condamnant les violences et les provocations venant des forces de l’ordre. Durant toutes ces années, la CGT-Police n’a pas failli à sa tâche et à son honneur. Elle a continué à s’opposer à toute forme d’oppression et de ségrégation. Elle s’est trouvée aux côtés des travailleurs dans les manifestations aux revendications générales, mais aussi aux côtés des travailleurs qui revendiquaient pour leurs propres intérêts professionnels, en gage de sympathie, de solidarité. Depuis 1968, l’histoire de notre fédération ne s’est pas éteinte. De toutes parts, la lutte a continué. La défense des intérêts des policiers a été sans cesse à l’ordre du jour. Les années se sont succédées, avec leur contentieux d’attaques contre les acquis sociaux. Les années de vaches grasses ont laissé la place aux années de vaches maigres. On a connu le temps des restrictions de chauffage où un ministre donnait l’ordre de baisser le chauffage des maisons, des bureaux et des usines et qui interdisait les enseignes lumineuses, soi-disant pour faire des économies. Il y a eu le choc pétrôlier et les années d’économies puis les difficultés économiques des pays les plus industrialisés dits états modernes. Le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, malgré les promesses jamais tenues des gouvernements. La fatalité a été mise dans la tête des gens de tous ces pays. Il fallait faire des économies. Il fallait sortir de la crise. Les économies qu’il fallait faire n’ont eu de cesse de supprimer des emplois d’un côté et d’un autre côté, de faire de plus en plus de cadeaux aux employeurs par le gouvernement, sans pour autant obtenir des embauches, et donnant au contraire le loisir aux patrons de créer les "petits boulots". Les économies ont eu pour cause de mettre les jeunes français (et les autres) dans la détresse. Les économies ont eu aussi pour objet de diminuer les effectifs de la fonction publique, par la dénationalisation d’entreprises publiques, par l’emploi de fonctionnaires auxiliaires. La police s’est vue dotée de policiers auxiliaires. L’armée aujourd’hui voit ses effectifs en diminution. Le contingent va pratiquement disparaître. A chaque fois, la CGT-POLICE sera à la tête de l’offensive. En même temps, le phénomène de la syndicalisation touchera les grandes centrales syndicales et des petits syndicats se feront jour. Les hommes ne se sont pas aperçus à temps que la division était commanditée par le patronnat. Il faut diviser pour régner. Il faut casser les grandes centrales syndicales et surtout la CGT. Le patronat a presque réussi, si on compte une désyndicalisation des jeunes, car aujourd’hui, ont peu compter sur très peu de jeunes dans les syndicats. Si on en fait l’analyse, on s’aperçoit que tout à été fait pour que les jeunes se détournent des syndicats. L’une des principales causes est le chômage. En effet, le chômage a obligé les jeunes à faire des études plus longues. Il y a les laissés pour compte, qui n’ont plus que le choix de choisir des petits boulots où le syndicalisme n’a pas de place. Il y a les autres, qui réussissent à trouver un emploi stable, mais sous-payé. Ces jeunes sont bien contents d’avoir obtenu cet emploi, même sous-payé, et n’ont pas envie de le perdre. Il n’est pas question pour eux de faire du syndicalisme et prendre le risque de perdre cet emploi tant attendu. Renault, la SNCF, les PTT et d’autres grandes entreprises publiques étaient à la pointe de la revendication syndicale. Renault a été disséminé dans toute l’europe, la SNCF et les PTT voient des parties de leurs entreprises dénationalisées. C’est un moyen pour le pouvoir, sous prétexte de faire des économies, de casser l’appareil syndical et notamment la CGT, première centrale syndicale de France. En fait, si on résume ces presque quarante dernières années de syndicalisme à la CGT-POLICE, on peut dire que le pouvoir n’a eu de cesse que d’ affaiblir le syndicat, en stoppant des carrières de syndicalistes, pour faire voir aux autres que ce syndicat n’est pas dans l’optique du pouvoir, en tentant des procès politiques, qui sont arrivés parfois à leur fin, comme la condamnation de nos camarades MARTINI et RAMIREZ et d’autres quelques années avant. 1883 - 1996, 113 ans de luttes chez les policiers. Des policiers écartés du droit syndical jusqu’en 1945. 1945, c’est l’année des grandes libérations populaires, mais aussi l’année de l’adhésion de la fédération à la CGT qui ne sera effective qu’en juin 1946. 1946 c’est l’année de l’adhésion de la totalité des policiers à la grande famille ouvrière qu’est la CGT. C’était unique au monde, ça l’est encore aujourd’hui, en 1996. Si à partir de cette année là, le syndicalisme policier a éclaté en plusieurs syndicats, chaque syndicat policier peut dire qu’il a la même origine et la même histoire, puisque c’est le mouvement des policiers, depuis 1883, qui a servi de base à tous ces syndicats. La division n’est pas terminée, puisque encore, de nouveaux syndicats viennent de voir le jour, amenant avec eux, pour certain leur contingent de haine et de racisme. Voilà une histoire riche en évènements, en victoires et en victimes, mais ce que le pouvoir ne pourra jamais détruire à la CGT-POLICE, c’est la camaraderie qui anime chacun dentre-nous. L’an prochain, nous fêterons le soixantième anniversaire d’adhésion de la fédération à la CGT, nous sommes fiers d’appartenir à un syndicat qui a connu des hommes au service des hommes, créant le social au fur et à mesure des décennies, résistant à l’occupant allemand au péril de leur vie, y perdant leur vie pour la plupart. Que sera demain ? HISTOIRE DE LA CGT-POLICE

Par JEAN-Claude THAVENET HISTOIRE DE LA FEDERATION CGT POLICE

LA GENESE : L’histoire de notre Fédération CGT-Police aurait pu commencer en même temps que l’histoire syndicale de France, mais il en a été autrement. En effet, si la loi de 1884 a autorisé les travailleurs à s’organiser en syndicats professionnels, il n’en n’a pas été de même pour certaines catégories de travailleurs, et ça a été le cas des fonctionnaires et des militaires. Les militaires ne peuvent toujours pas s’organiser en syndicats, mais les fonctionnaires, si aujourd’hui sont syndiqués, ça n’a pas été tout rose, comme nous allons le voir. Les fonctionnaires dont les policiers ne pouvaient se syndiquer, pourtant, avant même cette Loi, dès 1883, les policiers créent la "SOCIETE AMICALE DES PERSONNELS DE LA PREFECTURE DE POLICE". Une grande mutuelle était née et servait de base pour l’organisation de la défense des intérêts des policiers. C’est la loi de 1901 régissant et autorisant les associations, puisque les syndicats de police sont interdits, qui permettra aux policiers de s’organiser et de développer le mouvement plus largement. C’est sous l’impulsion du garde champêtre Gustave HUET et de l’agent de la sûreté de Reims Lucien KAPPVELLER, surnommé "Papa KAPPVELLER" en 1906, à Lorient, accueillis par Monsieur NAIL, maire de la ville, que les policiers s’organisent sous l’appellation de "FEDERATION DES SOCIETES AMICALES DE LA POLICE DE FRANCE ET DES COLONIES". Le siège de cette organisation est 11 Rue Tisserand. On y compte plus de 15.000 policiers fédérés. Papa CAPPVELLER a déjà une longue pratique de la vie associative au sein des caisses de secours et des caisses de solidarité. Cette entraide et cette solidarité sont les points de départ des revendications des policiers. Mais c’est à Lorient que va naître au plan national, le première fédération de policiers, où 24 dirigeants d’associations locales de France se sont réunis. La Fédération se donne pour objectif de débattre les questions professionnelles et défendre les intérêts des policiers adhérents. Le second congrès ne pourra pas avoir lieu à Paris l’année suivante, car Paris est le fief du Préfet Lépine. Ce sera donc, en 1907, qu’aura lieu le second congrès, à Versailles. Toute la presse parisienne est là. Le journal "Le Matin" titre : "Congrès des flics. Versailles leur fait fête, ils acclament Clemenceau. Les agents qui sont de braves gens.....Qui risquent si souvent leur vie pour protéger celle des honnêtes gens attardés, se sont dit, non sans raison, que les pouvoirs publics pourraient bien, à leur tour, penser à eux......Si un modeste agent tombe sous les coups d’un assassin, il ne suffit pas de lui faire de belles funérailles avec des discours pompeux et de magnifiques couronnes ornant le char mortuaire. Les éloges, c’est très bien, cela ne coûte rien. Mais il serait mieux sans doute, de payer un peu plus le dévouement des policiers. C’est le Maire de Versailles, Monsieur BAILLET-REVIRON qui les accueille en personne. Un lunch leur est offert. Dès l’ouverture de séance, ils choisissent LANUSSE de Toulouse comme Président et comme premier secrétaire, MONTFORT de Brest. Ce dernier lit un rapport qui conclut :"Faisons appel à notre Président d’honneur Monsieur Clemenceau, Ministre de l’Intérieur. Il sait qu’il peut compter sur notre dévouement sans bornes. Qu’il prenne notre cause en mains et qu’il nous dise enfin : Braves gens, soyez satisfaits, vous avez aujourd’hui une situation digne de vous. Nous comptons sur lui et nous disons ensemble : Vive Monsieur Clemenceau." Le congrès a nommé deux commissions, l’une discute des sujets de police, l’autre étudie les questions de retraites que les agents trouvent insuffisantes. En 1908, le Président du Conseil, qui est en même temps Ministre de l’Intérieur et qui n’est autre que Georges CLEMENCEAU, les reçoit et écoute leurs doléances. En 1909, à Reims, les réceptions qui accompagnent le congrès sont grandioses. A la mairie, Lucien KAPPVELLER "réclame très courtoisement des réformes justifiées et des améliorations possibles, sans se perdre dans la brume des théories utopistes." Il intervient sur les conditions de travail les salaires et les retraites : "Il faudrait permettre aux employés de police d’atteindre l’heure de la retraite au lieu de démissionner....Pour aller ensuite occuper un emploi dans l’industrie et le commerce, emploi qu’on ne leur accorde le plus souvent qu’en escomptant le bénéfice de leur minime pension pour leur offrir un salaire dérisoire. Nos camarades dans ce cas commettent inconsciemment une incorrection sociale, car ils prennent la place d’un ouvrier auquel le patron aurait été obligé de donner un salaire rémunérateur qui lui est refusé à lui, retraité." Le Commissaire BOISSIERE de Nice déclarera : "que les administrations municipales soutiendront toujours les agents, qui, sous la bannière de la fédération sauront rester disciplinés et unis." Le Commissaire BOURDIOL de Reims dira : "Je vous conseille de demander des choses pratiques, réalisables, conciliables avec les nécessités du service." Le Député LENOIR de Reims rendra hommage aux policiers et notamment il évoquera le décès de l’agent COCHET tué d’un coup de couteau par un apache qui ne sera sanctionné que par quelques jours de prison. Il clôturera son discours par un : "à la santé des flics de France "

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE : En 1914, les députés interviennent à la chambre en faveur des policiers, tel le député Paul Painlevé. C’est la guerre. Les policiers fédérés meurent au front ou sont faits prisonniers. Le mécontentement est fort au front. On se révolte. A l’arrière, les fédérés remplissent leur devoir envers les veuves par des aides, dont une prime de 250,00 francs par décès et bientôt, la situation financière de la fédération est catastrophique. Il faut noter que les militants de l’époque ont leur siège 11 Rue Tisserand et certains d’entre eux feront scission et fonderont plus tard un syndicat autonome et garderont le même siège social où le SGP est encore aujourd’hui.

L’ENTRE DEUX GUERRES ET L’ACHAT DU SIEGE : L’association prendra en 1920 le nom de "Fédération des Polices de France et des Colonies". Parfois, des associations prennent le nom de syndicat, vers 1920, mais sont tout de même régies par la loi de 1901. D’après une photo d’archives de 1929, ce serait le cas du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille, qui est affilié localement à la CGT. Et pourtant.... En 1932 l’association acquiert le terrain de l’impasse Sainte Félicité et y bâtit ce qui deviendra le 26 Rue Sainte Félicité. A ce moment, elle prendra pour nom "La Fédération des Associations des Polices de France et des Colonies", jusqu’en 1939. Jusqu’à cette date, elle sera la seule organisation à faire prendre conscience aux policiers qu’il faut défendre les intérêts des policiers et maintenir l’unité. Au congrès d’Angers, le 26 juin 1939, c’est l’Inspecteur de Police Marcel BOUDE, qui est élu secrétaire général. La guerre éclate, certains policiers sont mobilisés et envoyés au front, d’autres sont mobilisés sur place dans leur zone de défense. La fédération continue encore quelques mois à fonctionner. Marcel BOUDE transmet les circulaires.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE : C’est la défaite. Marcel BOUDE s’adresse à tous les présidents afin que personne ne se décourage, il charge Léon Diot, trésorier d’Amiens, de récolter les cotisations qu’il abaisse à 12 francs, afin de se donner les moyens de continuer à fonctionner. L’activité sera surtout de réorganiser les sections. Il l faudra alors créer la liaison entre la zone occupée et la zone libre. La fédération se chargera de faire les recherches des membres des familles dispersées pendant la débâcle. Dès septembre 1940, la fédération se charge de mener des actions pour libérer les policiers prisonniers de guerre Dès l’entrée des nazi en France, la loi du 15 octobre 1940 procède à la dissolution de l’association, et les biens sont mis sous séquestre jusqu’en 1945. Ces dispositions seront effectives le 25 avril 1941, par le Commissaire de Police LAFFONT des délégations spéciales de la Préfecture de Police. La dissolution définitive est prononcée le 7 juillet 1941 et les biens placés sous séquestre définitivement le 11 novembre 1941 par le contrôleur divisionnaire BONNACORSI. Marcel BOUDE reprendra ses activités policières à Reims et la vie syndicale sera en sommeil. Les policiers, sans organisation de défense subissent-ils sans broncher ? Que font les militants durant cette période de guerre ? Certains, très jeunes ne sont pas encore policiers, d’autres le sont. Les militants entrent parfois dans la clandestinité, certains sont déportés, d’autres sont fusillés, mais ces militants combattent le nazisme et le vichysme dans l’ombre. Adrien Levillain est de ceux là, il n’a que 17 ans, Benoît Chambard également. Paul Delaye aussi. Leurs copains meurent sous les balles allemandes ou françaises. Certains sont déportés en Allemagne et ne reviendront pas. Il faut se souvenir de la manifestation de juin 1940 Place de l’Etoile. Des syndicalistes CGT et des communistes avaient été arrêtés par la police, sous les ordres du Ministre PUCHEU. C’est ce même ministre qui, un an plus tard donnera ces hommes arrêtés comme otages aux allemands. 27 d’entre eux seront fusillés par les allemands à Chateaubriand. L’un d’entre eux est Guy Moquet, il n’a que 17 ans. Donc les policiers agissent dans l’ombre, contre l’occupant, par des actes isolés, ou dans des organisations de la résistance. Si des policiers participent à la rafle du Vel d’Hiv’, d’autres prennent leur bâton de pèlerin clandestin et préviennent les juifs qu’ils connaissent pour qu’ils aient le temps de se sauver. Certains leur procurent des caches en province. Certains sont obligés de déserter la police et rejoindre les maquis. Beaucoup sont arrêtés, fusillés, envoyés en Allemagne et beaucoup ne reviendront pas. Le Camarade POIRIER est responsable du Front National Police. Il est arrêté par la Gestapo. Serge LEFRANC le remplace. Il est en contact avec deux autres policiers, DUPUIS et HERLAUD. POIRIER a été torturé. Il est à la salle Cusco de l’Hôtel-Dieu. On tente de le libérer le 28 juin 1944 et la première tentative échoue, mais l’idée germe de prendre possession du central téléphonique, avec la complicité d’une infirmière. La deuxième tentative a lieu le 3 juillet. Serge LEFRANC raconte : "Nous sommes dans les lieux. la voiture allemande arrive. à l’intérieur ont pris place trois policiers SAINTIER, LATOUR, ROYCOURT et un gendarme MERCHADOU. Le central téléphonique est pris. On donne l’ordre à la salle Cusco de faire descendre le prisonnier. La confirmation est demandée et donnée. L’ascenseur descend, les portes s’ouvrent, POIRIER est extrait, les deux miliciens sont désarmés et remontent dans l’ascenseur dont le bouton est actionné par nos soins. POIRIER est embarqué dans la voiture allemande et caché dans un immeuble de Saint Cloud dans les huit minutes. POIRIER a les tympans crevés, les côtes brisées. Il sera soigné par Philippe LEGRAND restaurateur à Billancourt. Cette action aura des répercussion décisives." Le 15 août 1944, les premiers, les policiers prennent les armes. Faut-il s’insurger ? Rol Tanguy veut l’insurrection totale du peuple de Paris. Chaban veut encore attendre les troupes alliées. Rol Tanguy décide l’insurrection. Il arrive en uniforme de colonel et déclare : "Si c’est le mot grève qui vous gène, je dois vous dire qu’en tant que militaire, je n’ai pas à prendre l’initiative sur le mot grève, mais l’appel des cheminots et d’autres travailleurs à cesser le travail au service de l’ennemi sous entend : la grève". Sa déclaration et son uniforme de colonel décide l’ensemble des présents et déclenche l’insurrection. La grève générale de la police parisienne est effective. La préfecture de Police est occupée le 19 août. la capitale est libérée le 25 août. C’est la victoire. La police a prouvé qu’en son sein étaient des patriotes. Nombreux ont été les policiers morts pour la France au cours de faits de résistance. Mais les autres qu’ étaient-ils ?

L’EPURATION : Dès la fin de la guerre, se posent les questions de savoir si les policiers ont trahi. S’ils étaient des collaborateurs. Une association se crée : "L’amicale des fonctionnaires de la Police Française", dont le siège est 2 Rue du Vide Gousset". Son but est d’assurer la défense des intérêts des fonctionnaires de police frappés par l’indignité nationale. L’association fait ressortir que les fonctionnaires collaborateurs ont obéi aux ordres de leurs chefs, à la loi, pour défendre la Nation. On trouve des excuses. Marcel PAUL, député communiste déposant au procès de PETAIN déclare : "Lorsque nous avons demandé aux policiers pourquoi ils avaient poursuivi avec tant d’acharnement les patriotes, ils nous ont répondu que c’était parce qu’ils étaient convaincus qu’ils défendaient la Nation." L’épuration, du moins à ses débuts, n’a pas toujours été un exemple de justice. Les uns, collaborateurs ont été passés par les armes après des jugements sommaires, d’autres ont réussi à passer au travers des mailles du filet, se faisant parfois réintégrer par des amis politiques, d’autres encore, véritables résistants, soldats de l’ombre, ont dû déployer toute leur énergie, pour faire la preuve de leur combat. Combien de policiers sont sanctionnés ? Nul ne peut le dire, mais on sait que de toute la fonction publique, c’est la Police qui a payé le plus lourd tribut. Les sanctions prononcées allaient de la peine de mort à la privation des droits à la retraite, en passant par la confiscation des biens. On ne peut nier qu’il y ait eu des règlements de compte, du moins au début de l’épuration.

LA RENAISSANCE : En 1945, la France renaît de ses cendres. Ce sont les grands moments de la libération et la liesse de la victoire et de la fin des privations. Il faut reconstruire, mais pas n’ importe comment. Il faut d’abord développer la démocratie et reconstruire l’administration. La démocratie, on croit connaître, puisqu’on a connu la dictature pendant quatre ans. Les libertés existantes sont restaurées, mais c’est aussi l’époque de nouvelles libertés. C’est le droit de vote des femmes, mais c’est aussi le droit pour les fonctionnaires de se syndiquer. Les policiers n’en sont pas écartés. Il n’en est pas de même des militaires, qui aujourd’hui, en 1996 n’ont toujours pas les mêmes droits que l’ensemble des français. Il faut dire que l’Etat, après la guerre, reconstruit son administration et bon nombre d’anciens résistants entrent dans l’administration. Ils vont influencer le mouvement syndical policier, aidés par le grand courant de libération et les droits qui en découlent. Le droit syndical est donc reconnu aux policiers, mais aussi le droit de grève, en cette année 1945. C’est le 6 juillet 1945 que la fédération des associations de police de France et des Colonies renaît de ses cendres et devient la "Fédération Nationale des Syndicats de Police de France et des colonies." Marcel BOUDE, a l’ordonnance du 9 août 1944 pour lui. Dernier secrétaire général avant guerre, il revendique la mainlevée du séquestre. Il l’obtiendra le 24 janvier 1945. Mais les locaux sont très abîmés. Il fera constater les dégâts par M° FRANKFORT, Huissier de justice, et obtiendra, à la suite d’un procès, des dommages et intérêts de la part des domaines. La fédération retrouve l’ensemble de ses adhérents de toutes catégories, y compris dans les colonies et particulièrement en Afrique du Nord, où les fédérés algériens et marocains restent forts, y compris après la scission. Marcel BOUDE demande aux sections de : "Donner une fédération belle, plus grande et plus forte que par le passé."

L’ADHESION DE LA FEDERATION A LA CGT : C’est au Conseil fédéral des 12 et 13 décembre 1945 qu’on décide d’adhérer à la CGT. Seul le SGP désapprouve. Durant les travaux des 2 et 3 avril 1946 du Conseil Fédéral, le SGP décidera son maintien à la fédération, reprochant toutefois un manque de démocratie, arguant qu’à la fédération "on fait de la politique". Le SGP décidera de rester à la CGT, à la suite de la motion votée à l’unanimité et proposée par le camarade NEPOTE, représentant les commissaires. Cette motion tient compte de la catégorie spéciale de la police et prévoit une liberté de manoeuvre dans les cas de grève totale ou partielle, ainsi que lors de participations à des manifestations ou meetings syndicaux. C’est pendant le congrès constitutif des 17, 18 et 19 juin 1946, que la fédération adhère à la CGT. Les statuts sont déposés le 6 juillet 1946 à la Préfecture de la Seine, sous le N° 9065. C’est ainsi que 80.000 à 90.000 policiers adhèrent à une confédération ouvrière organisée sur la base d’un syndicalisme de masse et de classe, dans une organisation révolutionnaire. C’était unique au monde. C’est encore unique au monde aujourd’hui. Tous les syndicats ont adhéré à la fédération. Le SGP, syndicat parisien, est représenté par DUMONT, VALAT est secrétaire fédéral, Fernand DULOU et GEOFFROY sont secrétaires De 1947 à 1963, la fédération devient "La fédération Nationale des Syndicats de Police de France et d’Outre-mer", puis devient la "Fédération Générale des Syndicats de la Police Nationale".

LA SCISSION ET LA CHASSE AUX SORCIERES : Mais que s’est-il passé pendant ce temps ? Jusqu’en 1948, le syndicat regroupe l’ensemble des personnels de police de toutes catégories, avec 80.000 à 100.000 adhérents. La scission intervient en 1948 et la seule composante représentée est tout d’abord la CFTC. On retrouve trace du Syndicat National des Policiers en Tenue de Marseille le 13 avril 1948. Il est affilié à la Fédération des Polices et à la CGT. A cette assemblée générale c’est René POUDEVIGNE qui préside, ses assesseurs sont Paul DELAYE et Jacques BOANICHE. Ils dénoncent la scission et la violation des statuts nationaux. Paul DELAYE et les camarades TROIN et GACHON ont décidé de déserter le conseil syndical qui est devenu étranger à l’organisation. Un nouveau bureau est élu et affirme son attachement à la CGT. Notre camarade Paul DELAYE aujourd’hui décédé, contresigne ce document. La situation devient vite insupportable pour le pouvoir, qui voudrait que cette désunion soit plus importante et que les forces syndicales soient plus divisées. Le pouvoir va s’y employer, mais non pas en provoquant d’autres scissions, mais il va réussir par la répression. C’est Jules MOCH qui est Ministre de l’Intérieur. Des lois sont votées en 1947 et surtout la loi du 28 septembre 1948, qui place la police en catégorie spéciale. Il faut se souvenir qu’on est en plein Mac Carthysme. La loi est restrictive. Le placement de la police en catégorie spéciale supprime le droit de grève. La répression commence sur les militants de la CGT. C’est la chasse aux sorcières. Plus de 400 militants sont sanctionnés par diverses sanctions et divers motifs. C’est au congrès d’ Anger les 26, 27 et 28 avril 1948 qu’à lieu la scission. Il se crée là, l’Union des syndicats nationaux indépendants de Police de France et de l’union française. Il est intéressant de voir que c’est à Angers qu’à eu lieu le dernier congrès d’avant guerre, où Marcel BOUDE avait été élu secrétaire général. C’est lui qui avait redonné vie à la fédération, dès la fin de la guerre. C’est encore lui, qui prendra la direction de cette union. Les raisons étaient internes, mais la lutte de classe avait repris ses droits. La CGT vivait sa propre scission. La police elle-même était un enjeu de classe. On voulait mettre la police en marge de la classe ouvrière. C’est à ce moment qu’éclatera la CGT en syndicats : FO, CFTC, La fédération indépendante (Marcel BOUDE), la fédération autonome. Le pouvoir fait un dégagement des cadres. Ce sera le cas d’ Adrien Levillain, aujourd’hui décédé, qui sera réintégré en 1956, le Ministre de l’intérieur étant débouté pour abus de pouvoir, et bien d’autres. Certains fonctionnaires n’ont pas trente ans, d’autres sont révoqués parce qu’ils ont signé l’appel de Stockholm, soit parce qu’ils se sont exprimés contre les guerres coloniales ou encore parce qu’ils ont déclaré être solidaires des luttes ouvrières, comme en témoigne la Voix des Polices d’octobre 1948, où les policiers se prononcent pour la lutte des mineurs du Nord. Un certain André RICHARD du Commissariat de Créteil est révoqué pour activité syndicale. Il est mutilé de guerre, son fils est mort en déportation dans les bagnes nazi. Dès 1950, Yves SAUVALLE est secrétaire général, Antonin ORSINI et Jacques ETIE sont permanents à la fédération. Ils sont révoqués pour avoir dénoncé l’utilisation des CRS contre les travailleurs. La CGT toute entière et principalement l’ UGFF lutte sans cesse durant des années, certains d’entre eux seront réintégrés en 1956. Il faut se souvenir du témoignage de notre regretté Gérard Maréchal qui, révoqué en 1950, avait fait une autre carrière où il avait un salaire bien supérieur à celui de policier. Il réintègre la police en 1956, malgré une forte perte de salaire, pour bien marquer que la lutte de la CGT a été victorieuse et qu’il faut réintégrer pour l’honneur. Certains autres camarades ne reviendront pas, tel le témoignage vivant que j’ai eu il y a quelques jours avec Gaby Sarrabeyrouse, gardien de la paix du 18° arrondissement de Paris, qui révoqué en 1948 a été réhabilité en 1956, mais a préféré rester dans le privé. Lui aussi était ancien résistant dès la première heure. En raison de ces sanctions, la fédération devient minoritaire, car la plupart des militants ont peur, mais elle garde son siège. Le SNPT (nouveau syndicat) intente un procès à la CGT-Police. Il se déclare héritier du mouvement et des biens alors qu’il avait été l’organisateur de sa perte. Le SNPT perd son procès et la Fédération garde ses biens.

LA GUERRE D’ALGERIE : Etait-ce la fin des ennuis ? Non ! La guerre d’Algérie faisait rage et si dès 1956 on rappelle les jeunes démobilisés du contingent, en même temps, on envoie des policiers de France en "mission de maintien de l’ordre", pour cacher que l’Algérie et ses événements sont la guerre. Pourtant, en Algérie c’était bien la Guerre. Les rappelés laissent sur le sol de France Femmes et enfants et montent sur les bateaux. La CGT et le Parti Communiste, pourtant, tentent d’empêcher les trains de partir vers les ports partout en France,en se couchant sur les voies de chemin de fer. En même temps, les policiers de la fédération désignés pour le maintien de l’ordre en Algérie refusent de partir. Ils sont révoqués, tel Georges BRUNELIN, le Secrétaire Général de la Fédération. Adrien Levillain, durant ce temps, réintégré, crée plusieurs syndicats, à chaque mutation disciplinaire, pour action syndicale. En 1959, il est écarté des cadres et est poursuivi au Tribunal de Grande Instance où il est acquitté et réintégré, mais en 1961, il part en Algérie. Il continuera par la suite ses activités syndicales et subira encore des mutations sanctionnant ses activités syndicales. Il faut dire que depuis 1958, c’est la 5° République, il n’est pas plus facile d’être policier et en même temps être à la CGT, compte tenu du caractère autoritaire du pouvoir. L’OAS dès le 1er avril 1961 s’organise. C’est le Pusch d’Alger. La démocratie est en danger. On annonce déjà la fin de la guerre. L’Algérie va devenir indépendante. Du moins, des accords secrets entre le FLN et le gouvernement français ont lieu. L’OAS infiltre les sphères dirigeantes. La "ratonnade" du 21 octobre est ordonnée. On parle de 200 à 600 morts ou disparus dans les millieux officiels. On dira mille morts du côté FLN. L’OAS multiplie ses actes criminels, en France et en Algérie. Une manifestation anti OAS, au mois de février suivant fera 8 morts à la station de métro Charonne, à la suite d’une charge de police.

MAI 68 : Quelques années plus tard, ce sera Mai 68. La fédération police et ses militants prennent position en faveur des travailleurs en lutte, condamnant les violences et les provocations venant des forces de l’ordre. Durant toutes ces années, la CGT-Police n’a pas failli à sa tâche et à son honneur. Elle a continué à s’opposer à toute forme d’oppression et de ségrégation. Elle s’est trouvée aux côtés des travailleurs dans les manifestations aux revendications générales, mais aussi aux côtés des travailleurs qui revendiquaient pour leurs propres intérêts professionnels, en gage de sympathie, de solidarité. Depuis 1968, l’histoire de notre fédération ne s’est pas éteinte. De toutes parts, la lutte a continué. La défense des intérêts des policiers a été sans cesse à l’ordre du jour. Les années se sont succédées, avec leur contentieux d’attaques contre les acquis sociaux. Les années de vaches grasses ont laissé la place aux années de vaches maigres. On a connu le temps des restrictions de chauffage où un ministre donnait l’ordre de baisser le chauffage des maisons, des bureaux et des usines et qui interdisait les enseignes lumineuses, soi-disant pour faire des économies. Il y a eu le choc pétrôlier et les années d’économies puis les difficultés économiques des pays les plus industrialisés dits états modernes. Le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, malgré les promesses jamais tenues des gouvernements. La fatalité a été mise dans la tête des gens de tous ces pays. Il fallait faire des économies. Il fallait sortir de la crise. Les économies qu’il fallait faire n’ont eu de cesse de supprimer des emplois d’un côté et d’un autre côté, de faire de plus en plus de cadeaux aux employeurs par le gouvernement, sans pour autant obtenir des embauches, et donnant au contraire le loisir aux patrons de créer les "petits boulots". Les économies ont eu pour cause de mettre les jeunes français (et les autres) dans la détresse. Les économies ont eu aussi pour objet de diminuer les effectifs de la fonction publique, par la dénationalisation d’entreprises publiques, par l’emploi de fonctionnaires auxiliaires. La police s’est vue dotée de policiers auxiliaires. L’armée aujourd’hui voit ses effectifs en diminution. Le contingent va pratiquement disparaître. A chaque fois, la CGT-POLICE sera à la tête de l’offensive. En même temps, le phénomène de la syndicalisation touchera les grandes centrales syndicales et des petits syndicats se feront jour. Les hommes ne se sont pas aperçus à temps que la division était commanditée par le patronnat. Il faut diviser pour régner. Il faut casser les grandes centrales syndicales et surtout la CGT. Le patronat a presque réussi, si on compte une désyndicalisation des jeunes, car aujourd’hui, ont peu compter sur très peu de jeunes dans les syndicats. Si on en fait l’analyse, on s’aperçoit que tout à été fait pour que les jeunes se détournent des syndicats. L’une des principales causes est le chômage. En effet, le chômage a obligé les jeunes à faire des études plus longues. Il y a les laissés pour compte, qui n’ont plus que le choix de choisir des petits boulots où le syndicalisme n’a pas de place. Il y a les autres, qui réussissent à trouver un emploi stable, mais sous-payé. Ces jeunes sont bien contents d’avoir obtenu cet emploi, même sous-payé, et n’ont pas envie de le perdre. Il n’est pas question pour eux de faire du syndicalisme et prendre le risque de perdre cet emploi tant attendu. Renault, la SNCF, les PTT et d’autres grandes entreprises publiques étaient à la pointe de la revendication syndicale. Renault a été disséminé dans toute l’europe, la SNCF et les PTT voient des parties de leurs entreprises dénationalisées. C’est un moyen pour le pouvoir, sous prétexte de faire des économies, de casser l’appareil syndical et notamment la CGT, première centrale syndicale de France. En fait, si on résume ces presque quarante dernières années de syndicalisme à la CGT-POLICE, on peut dire que le pouvoir n’a eu de cesse que d’ affaiblir le syndicat, en stoppant des carrières de syndicalistes, pour faire voir aux autres que ce syndicat n’est pas dans l’optique du pouvoir, en tentant des procès politiques, qui sont arrivés parfois à leur fin, comme la condamnation de nos camarades MARTINI et RAMIREZ et d’autres quelques années avant. 1883 - 1996, 113 ans de luttes chez les policiers. Des policiers écartés du droit syndical jusqu’en 1945. 1945, c’est l’année des grandes libérations populaires, mais aussi l’année de l’adhésion de la fédération à la CGT qui ne sera effective qu’en juin 1946. 1946 c’est l’année de l’adhésion de la totalité des policiers à la grande famille ouvrière qu’est la CGT. C’était unique au monde, ça l’est encore aujourd’hui, en 1996. Si à partir de cette année là, le syndicalisme policier a éclaté en plusieurs syndicats, chaque syndicat policier peut dire qu’il a la même origine et la même histoire, puisque c’est le mouvement des policiers, depuis 1883, qui a servi de base à tous ces syndicats. La division n’est pas terminée, puisque encore, de nouveaux syndicats viennent de voir le jour, amenant avec eux, pour certain leur contingent de haine et de racisme. Voilà une histoire riche en évènements, en victoires et en victimes, mais ce que le pouvoir ne pourra jamais détruire à la CGT-POLICE, c’est la camaraderie qui anime chacun dentre-nous. L’an prochain, nous fêterons le soixantième anniversaire d’adhésion de la fédération à la CGT, nous sommes fiers d’appartenir à un syndicat qui a connu des hommes au service des hommes, créant le social au fur et à mesure des décennies, résistant à l’occupant allemand au péril de leur vie, y perdant leur vie pour la plupart. Que sera demain ?

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